Le procureur Marin, fin juriste expert des affaires financières
[20/10 - 09h55]

Jean-Claude Marin lors de son installation le 13 décembre 2004 au poste de procureur de la République au tribunal de Paris
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Le procureur de Paris, Jean-Claude Marin, qui requiert mardi dans le procès Clearstream, est un fin juriste, expert des affaires financières, qui incarne un pouvoir accru et parfois contesté du parquet dans la procédure pénale. Depuis le début du procès, Jean-Claude Marin est le seul des deux représentants du ministère public à cuisiner Dominique de Villepin et il lui reviendra mardi de requérir contre l'ancien Premier ministre. Lors de ses interventions, le magistrat n'a pas hésité à se montrer très offensif à l'encontre de M. de Villepin, voire agressif, afin de déstabiliser le prévenu. Des attaques souvent teintées d'ironie, qui le 30 septembre ont fini par exaspérer M. de Villepin. Fusillant du regard le magistrat juché son estrade, il est alors, exceptionnellement, sorti de ses gonds, criant au procureur: "trop, c'est trop !" Décrit par ailleurs comme un homme affable et à l'écoute, Jean-Claude Marin est un passionné de droit, aimant enseigner, comme c'est encore le cas à l'université Dauphine. "C'est un fin juriste et fin stratège. Il analyse parfaitement les procédures et sait anticiper leur évolution", témoigne Edith Boizette qui l'a longtemps côtoyé comme juge d'instruction, quand il était aux commandes du pôle financier de Paris. Classé à droite et jugé habile politique, le procureur de Paris a entamé sa carrière au parquet du tribunal de Pontoise (Val-d'Oise), en 1977. Il rejoint le parquet de Paris en 1988 dont il devient quelques mois plus tard chef de la section financière, avant d'être nommé en janvier 1995 procureur adjoint de Paris. Il s'implique fortement dans la création du pôle financier en 1998, qui regroupe alors une cinquantaine de magistrats (parquet et instruction), rue des Italiens (IXe arrondissement), à l'écart du Palais de justice, et traite les grandes affaires politico-financières de l'époque (Elf, Crédit lyonnais, Mnef...). En 2002, il prend le poste stratégique de directeur des affaires criminelles et des grâces du ministère de la Justice. A ce titre, il suit les affaires les plus sensibles et est également associé à la genèse des lois Perben, notamment Perben II qui renforcent le rôle du parquet. Fin 2004, il prend le poste de procureur de Paris, incarnant ce rôle plus prégnant du parquet qui multiplie les enquêtes préliminaires au détriment des informations judiciaires confiées au juges d'instruction. Dans l'affaire Julien Dray, M. Marin a innové en communiquant aux avocats des parties le contenu de l'enquête préliminaire, ce que ne prévoit pas la loi, sollicitant leurs observations. "Je suis réservé sur la procédure et son caractère équitable mais sans fermer la porte au dialogue que le parquet souhaite ouvrir", confie l'avocat de M. Dray, Me Léon-Lef Forster. "J'ai toujours eu affaire à un homme avec qui l'on peut discuter, ouvert, excellent juriste qui sait aussi prendre position et a ses convictions", ajoute Me Forster qui connaît M. Marin depuis 35 ans. Au cours du procès Clearstream, le parquet a été mis en cause par Me Jean-Pierre Mignard, avocat de parties civiles, qui lui a reproché d'avoir été instrumentalisé par des politiques soucieux, avant tout, de luttes de pouvoir. Ses hésitations sur le rôle de Dominique de Villepin, transparues au cours de l'instruction, lui ont aussi été reprochées. Après Clearstream, des rumeurs de palais le donnent déjà procureur général de Paris. M. Marin, homme réservé à l'humour distancié, est marié et père de trois enfants.
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