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Palme d'or à Cannes, "Le ruban blanc" dans les salles mercredi
[20/10 - 12h00]


Une scène du film "Le Ruban blanc" de l'Autrichien Michael Haneke, Palme d'Or du dernier Festival de Cannes
 

"Le Ruban blanc" de l'Autrichien Michael Haneke, Palme d'Or du dernier Festival de Cannes et en salles mercredi, est un film à l'extraordinaire photographie en noir et blanc, qui dissèque les méfaits de l'éducation ultra-répressive en vogue en Europe, au début du XXe siècle.

En 1913, dans une petite communauté rurale de l'Allemagne du Nord.

Alors que la moisson bat son plein, une série d'actes criminels frappe les esprits. Un câble tendu entre des arbres provoque une grave chute du médecin (Rainer Bock) qui rentrait chez lui sur son cheval au galop, puis l'enfant du baron (Ulrich Tukur) grand propriétaire foncier et autorité locale, disparaît.

On le retrouvera ligoté et férocement battu.

Rituel punitif ? Vengeance personnelle ? Ces actes mystérieux "réveillent des peurs ancestrales", dit le narrateur, l'instituteur du village.

Le titre du film, "Le ruban blanc", fait référence au morceau de tissu immaculé que le pasteur (Burghart Klaussner) fait porter à ses enfants pour leur rappeler "l'innocence et la pureté" qu'il attend d'eux.

Héros du film, les enfants sont, avec les femmes, les principales victimes de la société fortement répressive décrite par Haneke.

Dans un ordre social figé dans des hiérarchies séculaires, aristocrates et paysans ont des rapports quasi féodaux et la soumission inconditionnelle exigée des enfants fonctionne sur un modèle d'autorité militaire.

Le film décortique de manière saisissante une "pédagogie noire" basée sur la torture morale et l'humiliation -- étudiée par la psychanalyste Alice Miller, qu'a lue Haneke --, diffusée en Europe dès le XIXe siècle et jusqu'aux années 1950, via des manuels d'éducation qui furent de gros succès de librairie.

Vouvoiement, baisemain, froideur, discipline de fer, châtiments corporels: se croyant dépositaires de l'autorité divine, les parents estiment devoir "dresser" des enfants dont la vitalité est forcément synonyme de "mal".

La caméra pénètre dans d'irréprochables intérieurs bourgeois, s'arrêtant soudain à une porte pour mieux laisser le spectateur imaginer les sévices commis derrière celle-ci.

"Le ruban blanc" n'est pas que le portrait d'une génération qui 20 ans plus tard embrassera le nazisme, estime Haneke pour qui ce film décortique "les racines de n'importe quel terrorisme, politique, ou religieux".

Né le 23 mars 1942 à Munich en pleine Seconde Guerre mondiale, ce fils d'une actrice allemande catholique et d'un metteur en scène protestant a grandi en Autriche, lieu géographique du nazisme, et fait partie d'une génération marquée par la question du mal. "Si on pense savoir ce qui est juste, on devient très vite inhumain", affirmait-il dans un entretien à l'AFP en mai à Cannes.

"Dans presque tous mes films, il y a des enfants", soulignait-il, "mais le drame, c'est que ceux qui les maltraitent n'ont pas conscience d'abuser ou d'humilier leurs enfants. C'est cela qui est terrifiant, on peut être inhumain en croyant faire le meilleur pour ses enfants".

Haneke avait déjà été deux fois récompensé à Cannes, pour la mise en scène de "Caché" en 2004 et avec "La pianiste", adapté d'un roman d'Elfriede Jelinek, qui trois ans plus tôt avait raflé le Grand Prix et les deux prix d'interprétation, dont l'un était allé à Isabelle Huppert, présidente du jury cette année.

Source : AFP